Contribution à la consultation publique – Critiques sur le projet de recommandations de la HAS concernant le vaccin pneumococcique
Pour donner suite à la consultation publique de la Haute Autorité de santé, au sujet du projet de recommandations de la HAS concernant le vaccin pneumococcique conjugué 20-valent (VPC20) chez les nourrissons, l’association BonSens.org a fait parvenir à la HAS une contribution afin de leur exposer ses réserves sur ces recommandations.
Dans le cadre de la consultation publique ouverte jusqu’au 25 mai 2026 sur la révision de la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques, l’association BonSens.org souhaite exprimer des réserves argumentées concernant la proposition de la HAS de privilégier le Prevenar 20 (VPC20) chez les nourrissons et enfants à risque, selon un schéma 3+1 (primovaccination à 2, 3, 4 mois + rappel à 11-12 mois), en remplacement des vaccins actuellement utilisés (VPC13 ou VPC15).[[i]]
Recommandations résumées de la HAS
La HAS propose, sur la base d’une évaluation multicritère (épidémiologie, modélisations, immunogénicité et analyse économique), le passage préférentiel au VPC20 chez les nourrissons. Cela vise à élargir la couverture sérotypique face à l’évolution des souches post-VPC13 et à l’augmentation des IIP observée post-COVID. Cette stratégie s’accompagne d’une préférence pour le VPC21 (Capvaxive) chez les adultes ≥65 ans et à risque. Le document met en avant un bénéfice projeté en termes de cas évités et de QALYs, tout en reconnaissant les incertitudes liées au remplacement sérotypique.
Pourquoi cette stratégie généralisée n’est pas raisonnable
Plusieurs arguments scientifiques, épidémiologiques et économiques plaident contre une adoption précipitée d’une vaccination universelle élargie avec le VPC20 chez les nourrissons :
-
L’émergence inévitable de nouveaux sérotypes non vaccinaux (remplacement sérotypique)
Les vaccins conjugués pneumococciques exercent une forte pression de sélection sur le portage nasopharyngé. Après le VPC7 puis le VPC13, on a observé une baisse massive des sérotypes vaccinaux, mais une augmentation compensatoire des non-vaccine types (NVT), parfois plus invasifs (ex. 8, 12F, 24F, 15A, 22F). Les sérotypes vaccinaux ne disparaissent pas complètement mais persistent à des niveaux résiduels (notamment le 3).
Même avec le VPC20, ce phénomène écologique persistera : on « court après les sérotypes » sans éliminer la dynamique. Des publications soulignent que le remplacement réduit le bénéfice net global et que l’augmentation de la valence retarde mais n’empêche pas l’émergence de NVT au-delà des 20 valences. Cette course est particulièrement marquée en cas de couverture vaccinale élevée et durable chez les nourrissons, principal réservoir de transmission. Une stratégie plus ciblée (nourrissons à risque + adultes vulnérables) réduirait la pression sélective tout en préservant l’effet de groupe. [[ii]]
-
Absence d’études cliniques complètes d’efficacité sur le VPC20 chez les nourrissons
L’autorisation et les recommandations reposent principalement sur des données d’immunogénicité (non-infériorité pour la plupart des sérotypes, mais avec des échecs pour certains, notamment après 3 doses). Il n’existe pas d’essais randomisés à grande échelle démontrant une efficacité clinique directe contre les IIP ou pneumonies pour les 7 sérotypes additionnels. Les corrélats de protection restent discutés, et des données post-commercialisation à long terme font défaut. Des revues soulignent que cette lacune est classique mais problématique pour justifier un changement universel chez les nourrissons. [[iii],[iv]]
-
Coût élevé et rapport coût-efficacité incertain dans un contexte de contraintes budgétaires
Le VPC20 est significativement plus cher que les vaccins précédents. Les modélisations de la HAS concluent à un bon ratio coût-utilité sous hypothèses optimistes, mais elles sont sensibles aux hypothèses sur la durée de protection, le remplacement et la couverture réelle. Dans un système de santé sous tension, imposer un schéma 3+1 plus coûteux à tous les nourrissons (alors que des alternatives moins valentes suffisaient partiellement) pose question. Des analyses internationales montrent que le bénéfice net diminue avec le remplacement, rendant la stratégie moins efficiente à long terme. [[v]]
Conclusion
La stratégie proposée illustre les limites structurelles des vaccins sérotype-spécifiques : course sans fin après les variants, incertitudes scientifiques et charges financières croissantes.
BonSens.org plaide pour une approche plus prudente et ciblée (nourrissons à risque + adultes vulnérables), renforcée par une surveillance épidémiologique rigoureuse (CNR Pneumocoques) et un investissement dans les vaccins non-sérotype-dépendants (basés sur les protéines conservées).
Nous joignons à cette contribution un communiqué du Professeur Christian Perronne, vice-Président de Bonsens.org, qui a occupé parmi les plus hautes fonctions dans le domaine de l’infectiologie en tant que directeur, sous-directeur, vice-président ou expert (CMIT, CSHPF, HSCP, ANSM, OMS etc) comme en témoigne son CV [vi] .
L’équipe de BonSens.org
[i] https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-05/dir1/consultation_publique_recovac_revision_strategie_de_vaccination_pneumocoque_2026-05-07_16-28-56_632.pdf
[ii] https://professionnels.vaccination-info-service.fr/Maladies-et-leurs-vaccins/Infections-a-pneumocoques
[iii] https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12816332/
[iv] https://www.ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/prevenar-20
[v] https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-01/eco_sp_446_vaccination_pneumocoques_adultes_vf_1.pdf
